Depuis des décennies, le Tchad occupe l'une des dernières places de l'indice de développement humain (IDH). On ne peut pas qualifier le Tchad de pays paisible, et la majorité de la population souffre, une souffrance qui trouve le plus souvent son origine dans la pauvreté matérielle ou spirituelle.
Dans ce contexte, la prophétie de Jérémie 29.11, qui évoque un avenir meilleur et de l’espoir (en arabe : Moustakhbal wa Radja), retient toute notre attention : « En effet, moi, je connais les projets que je forme pour vous, déclare l'Eternel, projets de paix et non de malheur, afin de vous donner un avenir et de l'espérance. »
Florent, qui travaille avec nous depuis de nombreuses années, raconte : « Des collaborateurs de SAM global s’engagent à AmSénéna depuis des décennies. Ils ont creusé des puits pour la population, distribué de la nourriture en période de famine et, lors d’intempéries, des nattes, des couvertures ou des tôles ondulées, et soigné de nombreux malades. À un moment donné, nous avons commencé à réfléchir à la manière d’aider sur le long terme. L’idée de construire une école s’est imposée. Avec les familles Moser et Lacombe, le rêve d’une école est devenu réalité. »
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Même si l’école était enregistrée au nom de l’église, elle avait la réputation d’être « l’école des Blancs » en raison de ses fondateurs, de son financement suisse, mais aussi sans doute de la solidité de sa construction et de sa gestion rigoureuse. Cela a conduit certains parents à penser qu’il n’était pas nécessaire de payer les frais de scolarité de leurs enfants, estimant que SAM global s’en chargerait. Des enseignants, eux aussi, formulaient de temps à autre des exigences accrues à l’égard de leur « soi-disant » employeur. Il régnait une image floue, voire erronée, quant à l’identité du propriétaire. SAM global ne souhaite pas « posséder » d’école. Nous préférons collaborer avec des organisations partenaires bien établies, comme l’église évangélique du Tchad.
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Cérémonie de remise
C'est pourquoi, le 10 juillet, a eu lieu la remise officielle de l'école par SAM global au département de l'Éducation de l'EET (Église partenaire au Tchad). La cérémonie publique, à laquelle ont assisté de nombreuses personnalités, s’est déroulée dans une ambiance solennelle, ponctuée de nombreux remerciements et d’hommages rendus au travail accompli par les anciens volontaires et les nombreux collaborateurs. Le président de l’Église a souligné, à juste titre, l’initiative de Florent. Il en a été le moteur et a accompagné l’école à travers toutes les épreuves. J’ai été touché par la déclaration d’un représentant des parents musulmans :
« C’est parce que nous vivons notre foi que nous envoyons nos enfants dans cette école. »
La coexistence, le plus souvent pacifique et respectueuse, entre les enfants musulmans et chrétiens est pour moi un signe d’espoir pour une génération où des personnes de confessions différentes feront avancer ensemble leur pays dans la paix. Nous souhaitons beaucoup de sagesse aux nouveaux responsables du complexe scolaire protestant « Moustakhbal wa Radja’ ». Il s’agit de conserver le personnel motivé et bien formé, de recruter de nouveaux collaborateurs, d’inculquer les valeurs, de gérer les finances en toute transparence et de promouvoir sans relâche la qualité de l’enseignement. SAM global reste partenaire du département de l’éducation de l’EET et soutient, en tant que partenaire de développement, la poursuite du développement de l’école. L’initiative, la responsabilité et la vision doivent toutefois émaner du partenaire local.
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Agrandissement de l'école
L'école comprend déjà une école maternelle, une école primaire et six classes du secondaire.
La construction de salles de classe supplémentaires, d'une bibliothèque, d'un atelier de travaux manuels et de couture ainsi que de bureaux devrait permettre d'atteindre une taille suffisante pour assurer un financement autonome à long terme. Il manque toutefois encore un montant de 30 000 CHF pour financer cela (voir le flyer ci-joint).
Dans le flyer, un élève, Ababou, prend la parole. Nous aimerions le présenter plus en détail et expliquer ce que pouvoir fréquenter cette école signifie pour lui :
« Bonjour. Je m’appelle Ababou et j’ai 15 ans. J’ai un grand frère et une petite sœur. Je fréquente le collège MWR depuis trois ans. Avant, j’ai fréquenté plusieurs autres établissements, mais le MWR est le meilleur. Les cours sont faciles à comprendre, je m’y sens bien et j’aime apprendre.
J’apprécie particulièrement les cours de dessin, d’informatique et de travaux manuels. En dessin, on dessine des objets en perspective. En informatique, on apprend à rédiger un texte sur ordinateur. On a aussi préparé un exposé pour la classe. En travaux manuels, on découvre différents matériaux et outils. En ce moment, on travaille avec du bois, un marteau et des clous. Ça me sera très utile plus tard.
J’aimerais être géologue. Pour cela, j'aimerais faire des études à l'université, puis découvrir des gisements miniers dans le pays et contribuer ainsi au bon développement de notre pays. »

Une vie pour l’éducation, un cœur pour les gens
Cette rétrospective personnelle est issue d'un entretien approfondi avec le professeur Bendiman K., spécialiste de longue date de l'éducation et président sortant du CNEET, le réseau des écoles évangéliques du Tchad.
Je m'appelle Bendiman K. J'ai 72 ans et ma femme Suzanne et moi avons sept enfants âgés de 24 à 47 ans.
Ma carrière professionnelle a débuté fin 1977 en tant que professeur de mathématiques dans l'enseignement public. Au fil des années, j'ai enseigné dans différents lycées, dirigé des départements de mathématiques, encadré de jeunes enseignants et travaillé comme conseiller pédagogique et inspecteur. Par la suite, j’ai enseigné la didactique, les mathématiques et le micro-enseignement dans des établissements d’enseignement supérieur, j’ai siégé dans des jurys d’examen, dirigé des centres de baccalauréat et participé à l’élaboration de programmes scolaires et de manuels de mathématiques. J’étais passionné par une éducation scolaire de qualité et je m’y suis pleinement consacré. J’ai pris ma retraite en 2019.

« Former les cœurs »
J’avais déjà occupé diverses fonctions au sein de l’église, mais j’ai finalement pris la présidence du CNEET. À cette époque, l’organisation était encore pratiquement inconnue. De nombreuses écoles et églises n’en avaient jamais entendu parler. Nous avons formé des enseignants et des chefs d’établissement dans un nombre croissant de lieux, aidé à mettre en place ou à améliorer les infrastructures, noué des partenariats et vu de jeunes responsables commencer à prendre eux-mêmes des responsabilités. Aujourd’hui, le CNEET dispose d’un bureau doté d’une administration efficace, organise de nombreuses formations régulières et est pris au sérieux par beaucoup d’acteurs clefs du secteur de l’éducation.
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Le fait d’avoir travaillé pendant 41 ans dans le secteur de l’éducation nous a ouvert de nombreuses portes. En Afrique, et plus particulièrement chez nous au Tchad, les relations sont très importantes. Partout où je vais, je rencontre d’anciens élèves, des collègues ou des personnes qui me connaissent et savent qu’on peut me faire confiance. Lorsque nous avons eu besoin de personnel supplémentaire, par exemple, cela nous a permis de recruter, par l’intermédiaire d’organismes religieux et publics, des personnes pour l’œuvre éducative protestante.
Je suis convaincu qu’une bonne école a besoin de livres, de locaux propres, d’enseignants qualifiés et de dirigeants solides. Mais ce qui m’importe le plus, c’est qu’il y ait des personnes qui valorisent les enfants en tant qu’individus et qui leur montrent de la patience et de l’amour. C’est ainsi que le cœur des enfants peut être façonné et imprégné de bonnes valeurs. Ils pourront ainsi devenir des femmes et des hommes compétents et intègres, au service de leurs semblables et de leur pays.

Bien sûr, tout n’a pas été rose au cours de ces six années de ma présidence. L’autonomie financière reste un défi majeur. Il manque encore des statistiques scolaires fiables, et il faut continuer à œuvrer à la mise en place d’une direction nationale forte pour l’enseignement évangélique. Le partenariat avec le réseau international d’écoles chrétiennes ACSI montre toutefois qu’il existe une base solide sur laquelle il est possible de continuer à construire.
Je souhaite à mon successeur, Saloum M., courage et persévérance. Il connaît les priorités et est lui-même un homme de relations. S’il met ses talents au service d’une vision à long terme, il marquera le CNEET de son empreinte et le renforcera.
Ma vision reste ambitieuse : en 2035, j’imagine un CNEET doté d’une équipe solide, financièrement indépendant et disposant d’enseignants et de cadres bien formés et engagés. Je vois des enfants qui apprennent dans des locaux propres et dignes, et qui ne se contentent pas d’acquérir des connaissances, mais dont le caractère est façonné. Je vois des personnes conscientes de leur devoir envers leurs semblables et fidèles à Dieu.
Nous remercions très chaleureusement le professeur Bendiman K. pour son précieux engagement et lui souhaitons, ainsi qu’à son successeur Saloum M., tout le meilleur et la bénédiction de Dieu !
Un grand merci pour votre intérêt et votre soutien.
Andreas Zurbrügg, responsable pays pour le Sahel

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